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dessin d'Henri Bonnet

Emile Goudeau

Le seul poète qui a prétendu que les fleurs poussaient sur le trottoir avec "fleur de bitume" !

Né rue du Président Wilson à Périgueux le 29 août 1849.

Mort à Paris à 57 ans en 1906, fils de Germain, architecte (1814-1858 à Périgueux)

Frère de Léo, cousin de Léon Bloy...

Le 11 novembre 1878 dans un café du 5ème arrondissement de Paris, Emile Goudeau créa le Club des Hydropathes

et le cabaret Le Chat Noir avec Rodolphe Salis. En 1888, il sort son recueil 10 ans de bohème.

Comment Emile Goudeau et grâce à son ami Léo Trézenik prend le pouvoir du cercle des Hirsutes*

créé en septembre 1881 en "virant" Maurice Petit le 12 mars 1882 !

Le journal Paris-Nord annoncant la démission du président Petit

obligeant celui-ci à le faire réellement lors d'une soirée officielle

regroupant les Hirsutes qui savaient que Goudeau et Trézenik en étaient les puchistes !

Applaudissements à l'arrivée d'Emile Goudeau ! déclaration officielle sous la menace par Petit...

Lecture de la lettre de démission dictée par Trézenik...

Petit quitte Paris après cet affront public sous le prétexte d'un long voyage.

Les Hirsutes ouvrent de nouveau leur porte le vendredi aux artistes, au public,

aux fumistes, (groupe dont faisait partie Alphonse Allais...)

après un sommeil ennuyeux provoqué par l'ancien président pourtant fondateur avec Goudeau.

l'Hydropathe N 1 en 1879 - l'Hydropathe N 4 (le prix était a l'oeil ! ) et la nouvelle version avec le numéro 50 paru en décembre 2005 à Périgueux

Ah ! messeigneurs, gentilshommes de la Butte, manants de la plaine,

croquants et tenanciers, arbalétriers, cranequiniers et tous autres,

ah ! quel cabaret ce fut dès le début, que celui que fonda Rodolphe SALIS !! Tudieu ! ventre-saint-gris ! palsambleu !

Salis était peintre et faisait des chemins de croix à quatorze francs !

Son père, grand liquoriste de Châtellerault, se hâta de le maudire !

lui, les beaux-arts et les belles-lettres. Messeigneurs ! ce fut un rude coup pour Rodolphe ;

il essaya d'attendrir son père, le père inflexible répliqua : Fais du commerce !

En ce temps-là, on commencait à peine à ouvrir des cabarets moyen âge, Renaissance ou Louis XIII.

La grand'Pinte (premier cabaret artistique de Montmartre créé par le père Laplace)

en était le type ; mais là les peintres se réunissaient sans tapage, comme ils l'eussent fait au boulevard.

Salis songea à réintroduire le tumulte, la folie haute, et la chanson bardée de fer dans nos murs édulcorées.

Une scéance des Hydropathes en 1880 ou l'on peut reconnaître quelques poètes, peintres et homme de théâtre !

 

Arrivé à Paris en 1872, Rodolphe SALIS avait habité au Quartier latin, à l'Hôtel de Rome, rue de Seine.

"C'est à ce moment que Rodolphe fonda l'école vibrante ou iriso-subversive,

pour donner de l'importance à son groupe artistique et surtout pour inspirer confiance

aux éditeurs d'imageries religieuses. L'Ecole fabriquait en effet, pour vivre, des chemins de croix

dont on se partageait l'ouvrage afin de travailler plus vite et toucher plutôt le salaire attendu...

...Je serai gentilhomme-cabaretier, se dit Salis, peintre encore, mais littérateur aussi et chansonnier. A moi l'avenir !

Et le Chat noir fut fondé.

Emile Goudeau amena Salis à créer un journal. Emile préferait comme titre

" Gazette de la Banlieue, Salis "Le chat noir". Le compromis fut un sous-titre

à partir du numéro 8 : "Organes des intérêts de Montmartre" !

Extrait de "10 ans de bohème" d'Emile Goudeau - Editions Champ Vallon © 2000

 

"Je serai gentilhomme-cabaretier", se dit Salis, peintre encore,

mais littérateur aussi et chansonnier. À moi l'avenir !

Ah ! Messeigneurs! Ce fut une rude époque quand le chat en potence se balança au-dessus de l'huis, boulevard Rochechouart.

J'y étais, grand'mère, j'y étais ! On but sérieusement, on chanta à démolir les murailles, et l'aube nous vit sortir de cette inauguration,

nobles et hautains, devenus enfin gentilhommes du moyen âge - ah ! Non, pas du moyen âge - mais style Louis XIII, le plus pur, comme disait Rodolphe.

Un chat en potence, un chat sur le vitrail, des tables de bois, des sièges carrés, massifs, solides (parfois balistes contre les agresseurs),

d'énormes clous, appelés clous de Passion (la Passion de qui, ô Louis XIII le plus pur) ?

des tapisseries étendues le long des murs au-dessus de panneaux diamantés arrachés à de vieux bahuts

(que Salis collectionnait dès sa plus tendre enfance), une cheminée haute, dont la destinée sembla plus tard être de ne s'allumer jamais,

car elle abrita sous son manteau et porta sur ses landiers toutes sortes de bibelots :

une bassinoire, rutilante comme si Chardin l'eût peinte, une tête de mort authentique (Louis XIII peut-être), des pincettes gigantesques,- un fouillis ; mais de fagots, point.

Sur un coin du comptoir, un buste, la femme inconnue, du Louvre, et, au-dessus, une énorme tête de chat, entourés de rayons dorés,

comme on en voit dans les églises autour du triangle symbolique.

Dans le fond, une seconde salle plus petite, exhaussée de trois marches, avait également à hauteur d'homme

sa ceinture de panneaux diamantés soulignant les tapisseries, sur lesquelles les fameux clous de la passion

supportaient des fusils à pierre, des glaives inusités, tandis que la haute cheminée - heureusement peu semblable à l'autre -

remplaçait les bibelots antiques par une joyeuse attisée bien moderne, que visaient en demi-cercle les pieds

des peintres, des sculpteurs, qui vinrent là dès l'abord, et ceux aussi des poètes et des musiciens,

qui ne tardèrent pas à surgir - suivant nos traces hydropathesques.

L'ouverture du cabaret eut lieu en décembre 1881. La présence de quelques poètes fit éclore le journal le chat noir en janvier 1882.

C'est là ce qui tira hors de pair immédiatement le cabaret du gentilhomme Salis.

Un journal illustré contenant des vers et des proses et des annonces, celle-ci entre autres, dans le premier numéro :

 

LE CHAT NOIR fondé en 1114 par un fumiste.

C'est dans ce premier numéro également qu'on annonçait le départ du célèbre reporter montmartrois A' Kempis (alias Émile Goudeau)

vers les pays étrangers désignés sous le nom d'Etats-Unis de Paris.

L'idée de Montmartre ville libre germait. Un second explorateur, Jacques Lehardy, partait aussi dans une autre direction.

Ce deuxième voyageur n'était autre que le poète Clément Privé, l'auteur de fort jolis vers introuvables et d'un sonnet que bien des gens s'attribuent.

Source : 10 ans de bohème d'Emile Goudeau

 

"Toute idée générale rencontre en ma cervelle une autre idée également générale et contradictoire ;

dès lors le oui, le non, la vérité et le paradoxe se battent en moi comme des diables et s'épousent ensuite à la mairie du scepticisme."

Emile Goudeau, La vache enragée, 1885

 

Voici comment était Emile Goudeau surnommé "le tonnerre du Périgord" !

Le club des Hydropathes et ses "transfuges" sont à la poésie ce qu'étaient les impressionnistes à la peinture dite académique.

Les salons de peintures réservés aux vieilles croûtes sans âme et de plus, vieux ronchons attendant une légion "d'horreur"

problématique ont été rapidement "snobés" et oubliés par cette nouvelle génération d'artistes...

Le mouvement poétique avec quelques décennies d'avance sur les peintres fait sa révolution

en "traitant les littéraires "fatigués" de vieux écrivains sur le retour !

L'imagination et la créativité semblaient ne pas avoir vu le jour chez les vieux conservateurs en peinture et en littérature !

La nouvelle "vague" poussait vers la sortie "officielle" les fausses valeurs de la culture.

La nouvelle génération des Charles Cros, Alphonse Allais, Louis Forestier,

Maurice Rollinat, Maurice Donnay - qui a beaucoup donné pour le mouvement -

et tant d'autres, représente ce renouveau et provoque la fin évidente de cette léthargie littéraire d'alors.

Emile Goudeau, ayant failli devenir prêtre mais comprit juste à temps qu'il serait

privé de toute sa liberté d'expression décida d'être un défroqué bien avant d'être un "froqué"...

ce qui permet de dire que le club des Hydropathes de Périgueux n'existerait même pas aujourd'hui...

quel désastre pour la ville !

Ces études à Périgueux ont été fructueuses puisque grâce à son prof d'anglais il apprit

à rouler les cigarettes et le prof d'allemand lui permit de savoir fumer la pipe...

malgré cela, il obtient un troisième accessit de vers latins et de version grecque...

et un deuxième prix de géométrie et cosmographie en plus d'un bac en 1866.

La classe de trois enfants qu'il obtint à Marmande après son diplôme en poche

semble ne pas être apprécié par le recteur d'académie de Bordeaux

qui constate le manque d'autorité malgré le nombre restreint des perturbateurs !

Plus tard, les salles houleuses lors de joutes poétiques semblent être mieux maîtrisées par Emile Goudeau...

Il sera le "pion unique et charmant " dans un lycée d'Evreux ayant pour élève le futur codirecteur de la revue Réaliste...

Plus tard , promu "surnuméraire" au cabinet du préfet Guilbert grâce à son tuteur,

Philippe Colombet, alors dans la même loge que le préfet

"Les amis persévérants et l'étoile de Vésone réunis" lui permet d'avoir une gratification de 50 francs pour cet emploi de pistonné !

(le père d'Emile Goudeau, architecte construisit le bâtiment des francs-maçons rue Saint-Front

étant lui-même dans cette loge à l'époque... on ne prête qu'aux riches & aux maçons !)

Tiens donc... cela existait déjà dans ce milieu très fermé des francs-maçons ?

Ce n'est pas le piston de son tuteur qui lui apportera ce travail de journaliste et de poète

remarqué par les journeaux de Bordeaux (La Gironde, La Tribune, La Victoire...)

dans lesquels de nombreux articles sont rédigés avec ce talent qui lui est reconnu.

La Gironde, dont le rédacteur en chef André Luvertugon n'est autre

que le fils d'un imprimeur de Périgueux devenu secrétaire du gouvernement

de la Défense Nationale qui fait appel à Emile Goudeau en lui demandant d'écrire sous un pseudonyme... "Artidor" !

Puis vint l'époque parisienne avec "la Seine verte comme l'absinthe" qui en 130 ans est devenu "grise comme le costume d'un maire de Paris"...

Goudeau s'installe au Quartier latin à 24 ans sans savoir ce que sera son destin littéraire... en disant à son arrivée "

J'ai débarqué à Paris afin de lancer sur le monde étonné des vers et des proses pareilles à des bolides"...

"1870" : drame écrit par Goudeau est le seul bagage en arrivant dans cette capitale pleine d'espoir.

J'apprends enfin grâce à Emile Goudeau qui était Maurice Bouchor

ayant vécu plus de 20 ans dans cette rue près de la porte de Vanves à Paris :

un poète de la génération de 1860... Bien avant la commune ! Maurice Melliet

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La revanche des bêtes & la revanche des fleurs

Tu tapes sur ton chien, tu tapes sur ton âne,

Tu mets un mors à ton cheval,

Férocement tu fais un sceptre de ta canne,

Homme, roi du règne animal ;

Quand tu trouves un veau, tu lui rôtis le foie,

Et bourres son nez de persil ;

Tu tailles dans le buf,

vieux laboureur qui ploie,

Des biftecks saignants, sur le gril ;

 

Le mouton t'apparaît

comme un gigot possible,

Et le lièvre comme un civet ;

Le pigeon de Vénus te devient une cible ;

Et tu jugules le poulet...

Oh ! le naïf poulet, qui dès l'aube caquète !

Oh ! le doux canard coincointant !

Oh ! le dindon qui glousse, ignorant qu'on apprête

Les truffes de l'embaumement !.....

Tu pilles l'Océan, tu dépeuples les fleuves,

Tu tamises les lacs lointains ;

C'est par toi qu'on a vu tant de limandes veuves

Et tant de brochets orphelins ;

Tu reste insensible aux larmes des sardines,

Et des soles au ventre plat ;

Tu déjeûnas d'un meurtre et d'un meurtre tu dines...

Va souper d'un assassinat !

Massacre par les airs la caille et la bécasse...

Sombre destinée : un salmis !

 

Tandis qu'un chou cruel guette, d'un air bonasse

Le cadavre de la perdrix.

Mais est-ce pour manger seulement que tu frappes,

Dur ensanglanteur de couteaux ?

Non. Les ours, les renards, les castors pris aux trappes

Sont une mine de paletos ;

Tu saisis le lion, ce roi des noctambules,

Dont le désert s'enorgueillit,

Pour faire de sa peau, sous tes pieds ridicules,

Une humble descente de lit.

Mais le meurtre, c'est peu ; le supplice raffine

Tes plaisirs de dieu maladif ;

Et le lapin (nous dit le livre de cuisine)

Demande qu'on l'écorche vif ;

Et l'écrevisse aura, vive, dans l'eau bouillante,

L'infernal baiser du carmin ;

Et - morne enterrement - l'huître glisse vivante,

Au sépulcre de l'abdomen.

 

Soit ! il viendra le jour lugubre des revanches,

Et l'âpre nuit du châtiment,

Quand tu seras là-bas, entre les quatre planches,

Cloué pour éternellement.

Oh ! l'animalité te réserve la peine

De tous les maux jadis soufferts ;

Elle mettra sa joie à te rendre la haine

Dont tu fatiguas l'univers.

Or, elle choisira le plus petit des êtres,

Le plus vil, le plus odieux,

Un ver ! - qui s'en ira pratiquer des fenêtres

Dans les orbites de tes yeux ;

Il mangera ta lèvre avide et sensuelle,

Ta langue et ton palais exquis,

Il rongera ta gorge et ta panse cruelle.

Et tes intestins mal acquis ;

Il ira dans ton crâne, au siège des pensées.

Dévorer, lambeau par lambeau,

 

Ce qui fut ton orgueil et tes billevesées ;

Les cellules de ton cerveau,

L'âne s'esclafera, voyant l'homme de proie

Devenu rien dans le grand tout !

Le pourceau, dans son bouge infect,

aura la joie

D'apprendre ce qu'est le dégoût ;

Et les bêtes riront, dans la langue des bêtes,

De ce cadavre, saccagé

Par la dent des impurs fabricants

de squelettes-

Quand le mangeur sera mangé.

 

Mais, quand l'accomplisseur de l'uvre de vengeance

Aura dit : Finit le géant !

La nature, avec sa maternelle indulgence,

Clôra la gueule du Néant.

Car tu fus quelquefois bon et plein de tendresse,

O triste Roi des animaux,

Lorsqu'au pays d'Amour tu menais ta maîtresse

Cueillir les printaniers rameaux.

T'en souvient-il ? tu mis parfois à sa ceinture

Un bouquet doux comme un ami,

Et les lilas, avec un odorant murmure,

Sur sa gorge aimée ont dormi.

 

Pauvre mort, délaissé par ta maîtresse veuve,

Dans la tombe, rappelle-toi

Le pot de résédas, la violette neuve,

Sur la fenêtre, au bord du toit ;

Comme elles t'envoyaient de leurs lèvres mignardes

Des parfums chargés de baisers !

Tu fus bon pour les fleurs - Elles suivront ta cendre

Jusqu'à la région des morts ;

Leurs racines iront, sous la terre, reprendre

Les particules de ton corps ;

Elles se chargeront, les douces envoyées,

En alambics mystérieux,

Elles distilleront tes chairs putréfiées

Pour en faire un charme des yeux.

Si ta veuve s'en vient vers cette sépulture,

- Ce qui ne paraît pas bien sûr ! -

 

elles auront voilé l'abjecte pourriture

Sous un linceul d'or et d'azur ;

Et, plus tard - quand ton corps, cette chose innommée

Que tenait le Néant-Sommeil,

Aura, grâces aux fleurs, dans la vie animée,

Repris une place au soleil -

Par les airs, un beau soir d'été, plein de chimères,

De chants d'Amour, et de splendeurs,

Voleront, délégués par la Nature-Mère,

Les Papillons ambassadeurs ;

Sur la tombe ils viendront, en costume de fêtes

Porter le baiser ingénu,

Le baiser de pardon envoyé par les Bêtes,

Quand tu seras Fleur devenu.

 

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